Un joint de mastic qui adhère partout est un joint mal conçu. La formule surprend, parce qu’on attend d’un produit d’étanchéité qu’il colle le plus possible. Elle résume pourtant une règle souvent négligée dans la pose des mastics élastomères, autour d’une fenêtre, sur une façade ou sur un élément assemblé en atelier : le joint doit adhérer aux deux bords qu’il relie, et à rien d’autre.
Un mastic élastomère travaille en s’étirant
Un joint entre deux éléments n’est jamais immobile. Une menuiserie se dilate au soleil et se rétracte la nuit, un panneau de bois gonfle avec l’humidité, un bâtiment neuf se tasse. Le mastic élastomère est choisi pour suivre ces mouvements : quand les bords s’écartent, il s’étire ; quand ils se rapprochent, il se comprime.
Pour s’étirer sans se déchirer, le cordon doit pouvoir s’amincir librement. Collé sur ses deux flancs seulement, il se déforme comme un élastique tendu entre deux doigts. Collé aussi au fond de la gorge, il se retrouve bridé sur une troisième face : la matière proche du fond ne peut plus suivre, les contraintes se concentrent dans les angles et le joint finit par se fissurer ou par se décoller d’un bord. C’est l’adhérence sur trois faces, responsable de bien des joints fendus après un ou deux hivers.
Le fond de joint, cette pièce qu’on oublie
Le remède tient dans un accessoire bon marché. Avant d’injecter le mastic, on place au fond de la gorge un fond de joint, le plus souvent un cordon de mousse compressible de section ronde, d’un diamètre un peu supérieur à la largeur de la gorge pour qu’il tienne en place. Le mastic n’y adhère pas, ou très peu. Le fond de joint fixe aussi la profondeur du cordon, qui compte presque autant que sa largeur.
Quand la gorge est trop peu profonde pour recevoir un cordon de mousse, une bande anti-adhérente posée au fond joue le même rôle. Les joints d’angle triangulaires font exception, et seulement entre des supports qui ne bougent pratiquement pas, comme un plan de travail contre un mur carrelé.
Largeur du joint : un calcul plutôt qu’une habitude
Chaque mastic élastomère affiche une capacité de mouvement, exprimée en pourcentage de la largeur du joint. Les classes de la norme ISO 11600, reprises par la série EN 15651 pour les mastics du bâtiment, en donnent la lecture : un mastic 25LM accepte un mouvement de 25 % avec un module bas, donc souple ; un 25HM accepte le même mouvement avec un module élevé, plus raide. Les classes inférieures tolèrent moins de mouvement, jusqu’aux mastics plastiques des classes 12,5P et 7,5P.
Le calcul qui en découle tient en une ligne. Supposons que deux éléments puissent bouger l’un par rapport à l’autre de 3 mm au total au fil des saisons. Avec un mastic de classe 25, le joint doit mesurer au moins 12 mm de large (3 divisé par 0,25). Avec un produit de classe 12,5, il en faudrait 24. Le mouvement attendu se déduit de la longueur des éléments, de leur matériau et des écarts de température ou d’humidité qu’ils subissent ; les fabricants de mastics publient des tables et des méthodes pour l’estimer.
La profondeur se règle ensuite avec le fond de joint, selon la règle donnée par le fabricant du mastic, généralement exprimée en fonction de la largeur. Un cordon trop épais devient raide et tire sur ses bords ; un cordon trop mince se déchire. Dans les deux cas, le produit n’y est pour rien.
Ce que la dépose en atelier change, et ce qu’elle ne change pas
Sur les éléments fabriqués en usine, menuiseries, panneaux ou modules préassemblés, une partie de ces joints est désormais déposée sur table plutôt qu’au pistolet sur chantier. La régularité y gagne. Les valves de dosage présentées sur https://www.robocol.com/, par exemple, sont conçues pour réaliser des points, des cordons, du remplissage ou de la pulvérisation ; une fois le débit et la vitesse de dépose réglés, la section du cordon ne dépend plus de la fatigue de l’opérateur.
Mais une machine applique la géométrie qu’on lui donne. Si la gorge a été dessinée sans place pour un fond de joint, ou trop étroite pour le mouvement attendu, elle déposera un cordon parfaitement régulier et tout aussi voué à se fissurer. La règle des deux faces se traite au bureau d’études, sur le plan de la pièce, bien avant le réglage de la valve.
Avant de choisir une référence de mastic, partez du mouvement attendu au joint, déduisez-en la classe nécessaire, puis la largeur, et seulement à la fin la profondeur. Prendre le mastic disponible et l’injecter dans la gorge existante, c’est le chemin le plus court vers un joint à refaire au bout de deux hivers.
